Suleyman Al-Boustani

"Le Sultan Anouar Pacha déchira en morceaux l'acte de vente de Gorbisan aux Juifs, afin d'empêcher la démission de Suleyman Al-Boustani du gouvernement Ottoman."

Suleyman al-Boustani est né à Debbiyeh, Quartier de Bkashtin, village fief des Boustani du mont Liban.
Né dans une famille chrétienne maronite dans le village de Debbiyeh dans la région du Chouf au Mont-Liban, Suleyman Bustani a fait ses études de 1863 à 1871 à l'École nationale (al-madrasa al-Wataniyya) à Beyrouth , fondée par son oncle Boutrus Al Boustani. Là, il étudia l'anglais et le français en plus de l'arabe et le turc. il a reçu les principes de la langue arabe et du syriaque de son grand-père, l’ évêque Abdullah Al-Bustani. A seize ans, il assista Boutros, son oncle, dans la rédaction de trois revues littéraires dont «cieux» le journal du «Paradis» et «El Geneina».
Il voyagea beaucoup dans les provinces arabes de l'Empire ottoman, et au-delà, vers la Perse et l'Inde. Jeune adulte, il maitrisait alors plus de 10 langues vivantes. Il a aidé Boutros al-Boustani, et ses fils, Salim et Najib, en écriture et l'édition de la première encyclopédie arabe, Da?irat al-ma?arif, traduite en plusieurs langues( la voici en Japonais par exemple) et a contribué à l'al-Muqtataf périodique, publié au Caire, en Egypte. En 1904, il publia sa plus importante contribution à l'interaction entre la culture arabe et la littérature grecque - la première traduction en arabe de l'Iliade d'Homère.
En 1908, après l'entrée des Jeunes-Turcs au pouvoir à Istanbul et le début de la seconde période constitutionnelle ottomane, Bustani publia « Une leçon et une mémoire, ou l'Etat ottoman avant la constitution et après », qui a implicitement critiqué le régime autocratique du sultan Abdülhamit II et a chanté les louanges des politiques libérales dans tous les aspects de la vie politique, sociale, économique et religieuse. Il martela le thème de la fidélité à l'Etat ottoman et a critiqué les établissements d'enseignement occidentaux dans le pays, qui ont participé à miner cette allégeance. Bustani a également estimé que la meilleure façon d'éradiquer le fanatisme religieux était que les chrétiens servent aux côtés des musulmans dans l'armée ottomane. En outre, il pense que la meilleure façon d'éradiquer les conflits ethniques était de répandre la langue turque dans la population en le rendant obligatoire dans tous les écoles de l'empire.
En 1908, Bustani a été élu comme député de la province de Beyrouth à la chambre basse des députés à Istanbul, en 1911, il devint membre de la « chambre haute ». En 1913, il a été nommé ministre du commerce, l'agriculture, des forêts et des mines .

il démissionna, cependant, à la fin de l'année suivante lorsque le Comité Union et Progrès symbolisant la puissance ottomane, a décidé d'entrer dans la Première Guerre mondiale aux côtés de l'Allemagne. Bustani appartenait alors à un groupe de fonctionnaires ottomans qui ont soutenu que la politique de neutralité servirait mieux l'empire.
C’était un grand homme d’état, à la fois éducateur, poète et historien. C’était un Maronite d’une grande famille bien connue pour ses contributions dans la renaissance de la littérature et du monde Arabe du 19ème siècle. Neveu du fameux BOUTRUS AL BOUSTANI, il fut surtout connu pour la traduction de l’œuvre d’Homère: L’Iliade et l’odyssée. Il effectua cette œuvre grandiose, en inculquant son propre style poétique. Il fut aussi un grand homme politique, puisqu’il occupa le poste de Ministre des Finances dans le dernier gouvernement de l’empire Ottoman.
Il pratiqua l'enseignement et fut remarqué en tant que prestigieux maitre d'enseignement. En même temps, il publia ses articles et recherches dans l'édition de magazines et de journaux, "Paradise" et "El Geneina," et fut co-auteur de l'Encyclopédie initiée par le grand Boutros Al-Boustani , puis poursuivie plus tard par son fils, Salim .
Suleyman préféra se lancer dans les études et a été en mesure de maîtriser plus de dix langues vivantes. Lors de sa visite à "Astana" en 1908 il fut remarqué par ses discours prononcés en arabe et en turc, anglais et français, et cela avec un maniement magistral de ces langues. Il voua un amour particulier à la littérature et à la poésie, la sociologie et l'histoire, mais aussi à la science.
On peut bien s’expliquer pourquoi Homer ne fut jamais traduit en arabe jusqu'en 1904, quoique les écrits grecs [Homer] fussent omniprésents dans la langue grecque terres qui passe sous domination arabe au VIIe siècle : La raison est que les nombreuses divinités Grecques seules auraient été évidemment incompatibles avec la croyance musulmane. ; il a fallu attendre le très catholique Maronite-Suleyman Al-Boustani. L’Iliade d’Homère, ce sont plus de 15.500 vers, une épopée en 24 chants ; une architecture grandiose.
Malgré la difficulté de la traduction versifiée , la traduction admirable de l’Iliade par Suleymân al-Bustani, « l’une des plus grandes entreprises jamais effectuées en langue arabe en matière de traduction », sans oublier les pièges qui peuvent être tendus par le texte poétique à tout traducteur, même le plus expérimenté.
Avec l'ère moderne et le mouvement de la nahda (renaissance) qui marque la volonté des Arabes de relever le défi de la modernité occidentale et de se libérer de l'hégémonie politique et culturelle ottomane, le genre épique devint au contraire nécessaire pour exalter le sentiment national. Le Libanais Suleyman al-Boustani publie ainsi une traduction de l'Iliade en vers arabes en 1903. A la suite de ce travail précurseur, plusieurs poètes arabes se sont inspirés de la période glorieuse de leur histoire, pour composer des épopées, plus ou moins réussies, à vocation didactique et patriotique.
A la fin de sa vie il voyagea en Amérique pour poursuivre un traitement médical ; il arriva à New York le 12 Sept 1924,. Il fut acceuilli par Khalil A. Bistani, à Buffalo (état de NY), tel que inscrit sur le manifeste du Bateau ci dessus.
Pour l'anecdote, en regardant le manifeste, on note, dans le paragraphe réservé à : Langue parlée - on lit: English, French, Italian, etc...
voici le bateau nommé "President Adams"emprunté par Suleyman, depuis Alexandrie vesr NY.
et voici le "Passenger record" établi par les autorités US à son débarquement à NY.
Atteint d'une maladie incurable, Suleyman décéda à New York le premier Juin 1925, et il fut transféré pour être enterré dans sa ville natale Bkashtin, à Debbiyeh.
JIBRAN KHALIL JIBRAN, qui l'a rencontré à New York, et qui sera très rapidement lié d'une amitié profonde à Sukeyman, fut très déçu de la nouvelle du décès de Suleyman Al-Boustany, et en hommage posthume, lui adressa ce Poème, qui montre le respect entourant la personnalité de Suleyman Al-Boustani aux USA en tant que diplomate, ainsi que parmi les poètes et écrivains. Non seulement Gibran a écrit un article sur le sujet, mais il a peint le visage de Suleyman Al Boustani de sa propre main sur la première page ainsi que sur la couverture du journal "Al Sa'eh".

Aussi triste que la perte de cette grande personalité que fut Suleyman Al Boustani, on déplora la perte colossale de sa Bibliothèque située dans sa Résidence à Debbiyeh.
En effet, en même temps que la bibliothèque Nationale fut endomagée et pillée en 1975 par les Palestiniens, le même sort frappa la Bibliothèque de Suleyman Al Boustani, qui fut, ainsi que sa demeure, brulée par ces mêmes mains Palestiniennes ingrates; ces mêmes mains, pour qui, Wadih Al Boustani, le cousin de Suleyman, consacra toute sa vie; Palestine qu'il a tant aimé, et pour qui il a tant milité.